Chère Laurentienne,

J’en reviens pas. Toute une institution, à terre – juste de même. Des centaines de jobs, disparues tout d’un coup, lors d’un ‘group call’ par Zoom. Les gens s’y attendaient pas vraiment, que le coup fasse si mal, même si la rumeur flottait depuis un bout de temps. On dit que le message, livré principalement en anglais, a été incroyable avec son manque d’humanité et d’explications. Juste de même, on a fait tomber une grosse brique sur le parcours de la survie de notre langue francophone. Je n’ai pas vraiment les mots pour véhiculer mes sentiments . Comme disait mon père, parfois, il vaut mieux ne rien dire que de s’expliquer faiblement.

Dans mon parcours universitaire qui m’a vue en bout de ligne recevoir un doctorat honorifique de l’Université Nipissing, je suis, moi aussi, passée par chez-toi. C’est là que j’ai fait mes Sciences de l’éducation, et que je suis devenue membre de cette communauté dédiée à offrir ce qu’il y a de mieux pour nos jeunes apprenants. C’est là qu’avec Stéphane et Marie-Josée, j’ai monté et descendu ta fameuse côte pour aller faire des devoirs. C’est là que je suis demeurée avec ma meilleure amie Joanne qui terminait sa spécialisation en kin. C’est là que j’ai rencontré Monique qui est vite devenue une de mes meilleures amies. Quand on perd une institution, on ne perd pas une bâtisse: on écrase d’un jet la fierté et les connections qui se sont tissées pendant des années – et ceci – c’est déplorable.

Je ne comprends pas les enjeux financiers. Je sais et je reconnais que c’est sans doute compliqué, l’affaire. On abolit pas des dizaines d’années d’histoire en raisons de pinottes. Ce que je sais, c’est que des milliers d’anciens et d’anciennes sont déchirés. Nous ressentons de l’empathie pour ceux et celles qui n’ont pas encore diplômé. Nous nous tenons debout avec le corps professoral, et nous avons des pensées importantes pour tout le personnel de soutien qui, depuis des années, fait rouler cette institution franco-ontarienne. C’est certain que l’histoire n’est pas finie. On dit qu’à travers les cendres s’est levé ce phénix, et c’est bien ce qui se prépare, cependant, ce ne sera plus jamais pareil. J’ose rêver qu’un jour, ce pourrait être mieux , mais on sait bien que la bataille sera longue et difficile. On devra questionner, investiguer, contempler et recommencer.

Et maintenant, on attend. On a le coeur en marmelade, le couteau au coeur et le corps vidé car on ressent le pouls d’une institution en train de s’écrouler. Quand on perd un membre de notre famille, on en vit le deuil et ce matin, des millers à travers la ville, la province, le pays et le monde entier se tiennent ensemble, larme à l’oeil mais fierté au coeur. Nous sommes diplômés et membre de TA famille, Laurentienne, et nous ne te laisserons pas tomber .

Les cornemuses sonnent dans l’arrière-plan … mais les gens ne se tiendront pas assis pour longtemps. Tiens bon, on va revenir et tu te verras encore une fois accueillir nos jeunes et moins jeunes de partout.

J’en reviens toujours pas.

Marc Keelan-Bishop Illustration

One thought on “Chère Laurentienne,

  1. Trés beau texte qui exprime les idées des milliers de celles et ceux qui sont passés par là . Mille merci !
    Nous sommes , nous serons !

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